Réflexions sur la
«démarche collective Multilangues pour tous les participants»
préparée par Joëlle Cordesse, Marie-Jeanne Fichot-Vausort, Paula Schmidt, Marie-Jeanne Verbois et autres…
et menée aux Rencontres internationales de l’Éducation nouvelle en Juillet 2003 à Malonne.
En juillet 2003 en Belgique, dans la remarquable petite ville de Malonne, se sont réunis des représentants de plus de 13 pays du monde, préoccupés des problèmes d’enseignement et d’éducation de la jeune génération. La première journée de la rencontre commençait par une immersion dans une démarche consacrée aux relations entre les gens qui parlent des langues différentes. Pour être plus précis, il s’agissait de réveiller le besoin et le sentiment de réussite dans la conquête des langues parlées par l’humanité. Dans la démarche, dont l’auteur principal était Joëlle Cordesse, se résolvait l’un des problèmes les plus importants –lever la peur de la langue étrangère inconnue. Essayer de reconnaître parmi les mots étrangers jusqu’à la douleur ceux qui sont familiers par le son, par association, par intuition, s’en servir pour parler sans se préoccuper des fautes possibles, des prononciations biscornues, est capital pour faire ses premiers pas dans l’établissement du contact avec des étrangers qui parlent une autre langue.
La veille était organisée une discussion de la démarche à venir, pour étudier en profondeur les problèmes soulevés et les chemins concrets de leur résolution. Pour aborder les problèmes posés aux participants de la démarche, ont été proposées des revues dans plusieurs langues du monde. On pouvait choisir celle que l’on aimait et essayer, en soulignant les mots que l’on reconnaissait, de comprendre de quoi on y parlait. C’était un travail très prenant. Personne ne pouvait rester indifférent à des publications colorées, imprimées sur du beau papier.
Pour cela, ceux qui avaient choisi des publications dans une même langue se sont réunis en groupes. Chacun s’est efforcé de raconter de quelle façon il avait procédé pour élucider les destinataires, le contenu, les thèmes des rubriques et des articles de la revue. Ensuite on nous demandait de composer un texte en utilisant les textes que l’on était en train d’étudier. Tout était mobilisateur et intéressant. Il semblait que le lendemain, pour tous ceux qui avaient participé à la préparation, il serait facile et simple de travailler dans cette démarche mais c’est une nouvelle approche des problèmes posés qui attendait les participants.
On a proposé à tous un même extrait du texte du Petit Prince de Saint-Exupéry, mais dans 15 langues. Il fallait choisir deux entrées dans deux langues différentes : l’un dans une langue déjà étudiée mais mal assimilée, l’autre dans une langue totalement inconnue. En travaillant parallèlement sur les deux textes, il fallait essayer de le traduire et c’était une tâche individuelle très stimulante qui supposait une recherche indépendante de solution au problème posé. Puis les participants de la démarche se réunissaient en groupes, gardant avec eux le texte dans la langue tout à fait inconnue, et se racontaient mutuellement de quelle façon ils avaient réussi à comprendre le contenu du texte.
Quand l’animateur de la démarche eut écrit au tableau toutes les manières qui avaient été utilisées (et pour beaucoup ce fut une révélation, car dans chaque groupe ils avaient trouvé des solutions qui n’étaient pas dans les autres), il nous demanda d’écrire dans la langue une suggestion à faire aux autres, puis de préparer en groupe une prise de parole dans la langue du fragment que l’on lisait. Pour mener à bien cette tâche il fallait non seulement faire l’effort d’éliminer sa peur du manque de connaissance de la langue donnée mais aussi faire oeuvre de création, d’ingéniosité, de quelques capacités théâtrales.
La démarche ici vécue souligne une nouvelle fois la possibilité et la nécessité d’une telle organisation collective du processus d’apprentissage, qui non seulement crée les conditions de l’acquisition d’un nouveau savoir mais permet également de se poser à soi-même des problèmes incroyablement audacieux et d’apprendre à les résoudre, et ce, facilement et dans la joie.
Avec mes remerciements pour la création de la chaire de pédagogie de création sociale de l’Académie supérieure de formation pédagogique .