UNE FAUSSE NOTE ÉLOQUENTE

 

Comme le dernier projet des libéraux tombe bien. L’intention de diminuer d’une année la durée du Collège pour obtenir la «matu» clarifie, juste à temps, l’autre débat sur les notes à l’École Primaire qui est l’objet de la votation dans moins d’un mois.
Il faut reconnaître à la droite une grande cohérence dans ses attaques contre l’école, même si l’on peut s’étonner de la stratégie, car ils viennent de dévoiler leurs manœuvres d’une façon évidente.
En tout cas cette proposition d’affaiblir l’école postobligatoire donne une belle visibilité du chemin où la droite genevoise veut mener nos élèves.
Contrairement à ce qu’on veut faire croire aux citoyens, le sujet de la prochaine votation n’est pas la notation, mais bien la sélection.
Grâce à la précipitation du parti libéral, qui, à ce que je sache n’est pas un repaire de pédagogues, on voit plus clair sur les raisons de cet empressement de s’occuper de l’avenir scolaire de nos enfants.
Ainsi, nous pouvons mieux comprendre ce qui se cache derrière cette bataille acharnée sur les notes  du Primaire (cela doit être d’ailleurs une première mondiale que de voir des notes scolaires inscrites dans une Constitution, en cas de réussite de ce coup fumant cela vaudra certainement une mention dans le Guinness World Records.)
« Notes ou pas note » n’a rien de Shakespearien, ce n’est qu’un camouflage d'un dessein autrement plus sournois visant à démanteler notre système scolaire.
On vous terrifie avec Pisa qui ne dit que ce qu’on veut bien lui faire dire, et on passe sous silence l’excellence du niveau de ceux qui ont obtenus une maturité.
Ô, rassurez-vous, beaucoup se réjouissent des difficultés du Primaire, car cela donne à une politique de discrimination un petit aspect politiquement correct.
-«Notre économie n’a pas besoin d’autant de cerveaux, l’écrémage suffit, et comme les petites mains seront remplacées par la robotique, on n’a même plus besoin de s’inquiéter de la relève de certains métiers.»
-«C’est beau le progrès, nous avons fini enfin avec cette époque où le social freinait le développement de notre cité. Nous avons même pris du retard que nous allons rattraper, et tant pis pour les ouvriers et les intellectuels.»
Merci donc à cette fausse (ou adéquate c’est selon) note du parti libéral qui permettra peut-être d’ouvrir les yeux à quelques parents encore sous le charme des sirènes arlésiennes. On comprend leur angoisse quant à l’avenir incertain de leurs enfants, mais ce n’est pas la magie des notes qui va changer les choses, pourtant cela changera quand même, et pas le sens qu’ils espèrent.
La vraie question qu’ils doivent se poser ne concerne ni notes ni moyennes, il faut réfléchir sur  le nombre d’élèves qui surnagera à la surface du brouet de cette « nouvelle » école du passé. Et comme chacun le sait, dans une boille il y a nettement plus de petit-lait que de crème, le futur n’est pas trop difficile à prévoir.
Un double non s’impose si l’on ne veut pas «prendre un bouillon».
 

                                                                                                    Gad Borel