La démarche d'auto-socio-construction
Quelques caractéristiques
Parler de démarche et non de situation, c'est mettre l'accent sur celui qui marche. Toute
démarche est marche pour les élèves, les enseignants, le groupe.
Toute marche permet un déplacement. L'espoir est que cette marche corresponde à un
déplacement positif ce qui ne veut pas dire un déplacement sans errances, sans retours
en arrière, sans imprévus, sans chemin de traverse. C'est le sort d'un cheminement qui
se veut aventure humaine parce que rencontre avec le savoir de l'humanité.
L'auto du concept d'auto-socio-construction insiste sur le fait que c'est bien la personne
qui apprend (personne ne peut le faire à sa place) mais qu'elle ne peut le faire que si le
milieu lui permet d'interagir avec des personnes aux prises avec les mêmes objets. D'où
l'insistance sur le socio. Un socio élargi pour chaque élève à son maître, ses camarades,
à toute l'école mais aussi à la société, à l'histoire humaine.
C'est à partir de ses actes, ses réflexions, ses recherches, ses créations, ses inventions,
ses interactions qu'il a avec ses divers milieux de vie que chacun se construit en tant
qu'homme et citoyen.
1. L'enseignant se fait épistémologue et anthropologue pour cerner la
problématique conceptuelle (repérage des significations sociales et des
différentes formes de l'objet culturel dans l'histoire humaine).
Il s'agit de cerner le sens de l'objet d'étude. Son origine, son évolution, ses caractéristiques
propres mais aussi dans quelles pratiques sociales il est apparu, a évolué, pour répondre à
quels besoins, quels désirs des hommes.
Recherche passionnante mais longue et difficile. Il faut faire des choix, si possible les plus
pertinents….
Le travail en équipe d'enseignants-chercheurs est dans cette phase très utile. Il s'agit de la
mise en (dé)marche de l'enseignant.
2. L'enseignant repère les obstacles et les ruptures à faire opérer aux élèves
pour les faire entrer dans la culture de l'objet.
Il ne s'agit pas de faire revivre aux enfants 20000 d'Histoire, mais de pouvoir les faire se
confronter aux problématiques, aux questions successives, aux étonnements, aux
trouvailles, aux fiertés qui ont provoqué la construction, dans l'histoire de l'humanité, des
savoirs actuels.
3. Après le défi collectif…un premier «acte» individuel des élèves pour
susciter «la mise en démarche» de chacun. C'est l'auto-construction à partir
d'un socio déjà annoncé…
Le défi a comme but de mobiliser chacun et le groupe. Il contient le postulat d'éducabilité et
un enjeu commun. Au moment du lancement du défi, c'est le sens de la tâche qui interpelle
alors les élèves (pas encore le sens des savoirs).
Les actes individuels sont là pour que déjà les différences de pensées, d'action puissent
être mises en œuvre. L'hypothèse qui guide l'action du maître est qu'il faut que les
différences de conduites, d'actions, de pensées puissent déjà s'exprimer avant d'être
confrontées à d'autres, argumentées, analysées, enrichies.
La situation inductrice des mises en œuvre individuelles sont souvent, au départ, de faire
quelque chose qui ait sens pour chacun, c'est à dire que tous puissent comprendre (par ex.
Récoltez des mots, des groupes de mots!). Tout le monde doit pouvoir entrer dans la tâche.
4. Les élèves sont engagés (ou pris) dans une cascade de situations-actions
prévues en fonction des obstacles à franchir pour construire l'objet.
Le maître ne se retire pas, mais pose des contraintes successives qui obligent à s'affronter
aux bons obstacles (obstacles dans le savoir mais aussi obstacles personnels).
5. Mises en impasses et animation du maître en «écoute flottante» et «reflet-
miroir» pour provoquer les questions, les recherches, les mises en relation
et les argumentations à partir des différences individuelles.
C'est toute la question de la finesse de l'animation du maître qui s'appuie sur les différents
actes et réflexions de chacun pour que l'objet de savoir se construise.
L'animation porte d'étape en étape sur des confrontations différentes à permettre. Travail
complexe de confrontations d'actions, de paroles ayant comme visée une élaboration
symbolique.
6. Les enfants s'organisent pour s'en sortir.
L'organisation intra-groupe émane des situations proposées mais aussi de la nécessité, pour
accomplir la tâche, de franchir les obstacles prévus. «Ecoute flottante» et «reflet-miroir» font
à nouveau partie de l'animation du maître. Il tente de permettre aux différentes manières de
s'organiser de pouvoir être elles aussi tentées, au moins mentalement, pour pouvoir être
ensuite confrontées les unes aux autres, et analysées.
Le travail s'affine de démarche en démarche, de construction de savoir en construction de
savoir. Mais il y a aussi, d'autres lieux pour travailler ces aspects : des institutions comme les
conseil de classe et d'école et des démarches d'auto-socio-construction prévues à cet effet.
La problématique travaillée étant, dans ces dernières, l'organisation du travail, des groupes
humains, des sociétés. Il s'agit dans la démarche de permettre aux élèves, comme le dit le
GFEN, d'être citoyens dans la construction du savoir, de vivre les apprentissages en
démocratie.
7. La conscientisation… pour comprendre le monde et son pouvoir d' action
sur soi, les autres, les objets. (Prière de quitter toute vision angélique!).
Cette étape de réflexion sur l'action est dirigée par le maître qui choisit sur quels éléments il
va mettre l'accent.
L'analyse touche de toutes façons à trois grandes boîtes :
o Le vécu de la démarche (Comment avons-nous vécu la démarche?).
o Le conceptuel construit (Qu'avons-nous appris?).
o L'acte d'apprendre (Comment avons-nous agi, pensé, construit du savoir contre et
avec les autres?).
Animer des démarches c'est devoir quitter toute vision angélique de la transmission des
connaissances. Si l'enseignant veut permettre une réelle construction de savoir, il y a dans
sa classe du «brouillonnage», du chaos, de l'incertitude, de la bataille. Bataille d'idées certes
mais qui ne va pas sans émotion, sans lutte de pouvoir, d'existence et de reconnaissance.
Animer des démarches de construction de savoir, c'est faire entrer dans l'école la création,
l'invention, la recherche. De telles démarches réclament des écoles qui admettent de n'être
point vraiment cet havre de tranquillité que nous avons tendance à souhaiter.
Etiennette Vellas
Données tirées d'un travail de thèse
sur la démarche d'auto-socio-constrution du GFEN
pour le colloque Constructivismes organisé par le SRED à Genève
Septembre 2000
GREN - Groupe Romand d’Education Nouvelle